Vers Sauverny

BALADE SUR DES TEXTES DE GABRIEL ALANIS

Théâtre de l’Alhambra, rue de la Rôtisserie 10, 1205 Genève

- créé les 25 et 26 février 2016

_ Récitante : Lorianne Cherpillod
Avec le choeur en Scène du Conservatoire de Musique de Genève - direction Cécile Polin-Rogg

L’Orchestra vous raconte une balade vers Sauverny. Ce spectacle met en scène les souvenirs d’un jeune promeneur, chantés par un chœur d’enfants, qu’interrompent les récitatifs désabusés et allégoriques de La Forêt.
Notre ensemble vous livre deux rêveries complices, et différentes, sur le bord de la Versoix. Venez écouter les bois comme on ne les entend jamais.
Pour accompagner ce jeune chœur, des compositions collectives battent le fourré en quête de nouvelles espèces musicales. D’une atmosphère à l’autre, c’est un petit biotope qui surgit : ses aléas, ses mouvements, ses différentes saisons. Véritable esprit des bois, enregistrant ses moindres pensées et bruits, La Forêt ne se privera pas de nous rappeler son étendue, sa pérennité et sa vérité : Vers Sauverny !... psss... des vers... pas besoin d’en rimer... il y en a depuis le cambrien... les vers commencent toujours par précéder les poètes... ça se sait... quand, au final, ils ne les décomposeraient pas... et un rêveur... bon... à l’envers... à l’endroit... qu’il s’arrête où il veut... on ne m’arrête pas comme ça, moi !
Gabriel Alenis est un ami de longue date de notre pianiste. Il n’a encore rien publié, mais nous apprécions beaucoup sa poésie minimaliste et évocatrice…

Envoi - Ian Gordon-Lennox

Vers Sauverny !... Pss !... Des vers !... D’en rimer, pas besoin !... Qu’y en a depuis le cambrien !... Les vers précédent toujours les poètes !... Quand ils les décomposeraient pas !... Ça se sait !... Un rêveur !... A l’envers !... A l’endroit !... C’est du kif…

A la lisière - Bill Holden

Là commence et là finit des rêveurs
Le désir, quand survient la frondaison :
Marcher et voir, à la morte saison,
La bâtisse en ruine et les randonneurs.

Ici tout commence,
Tout finit ici.

A l’ombre, défilent les promeneurs.
Tremblant, le soleil darde ses rayons.
Un bruit sourd rompt leur méditation :
Tout cela finira dans quelques heures.

Ici tout commence,
Tout finit ici.

Un arbre - Bill Holden

Jamais vu !... Un arbre clamser !... Vieux, s’entend !... On en voit, pour sûr !... Des bibards, des déchtoques !... En veux-tu, qu’il en tombe !... Le premier de la série, là… Tout sec !... Tout croni !... Mais, de mort naturelle !... Sur ses derniers printemps !... Faudra repasser !...

D’où qu’elle vient ?... Là plantée, la chandelle !... Vous me direz !... Je sais !... Graine, radicule !... Vlang !... Dans la nappe à baba !... Cotylédons bien défrisés !... Vroutz !... La plantule, qui se fait la malle, terminus : Stella by Starlight !... Vous l’a fait courte !... Ça ronfle aux avant-postes !...

Ici tout commence, tout finit ici.

Au fond… De sa vie… De sa vie… Savez vos papiers, bouquins !... D’encyclopédiste, le savoir !... Point !... A la lisière, il y est !... Le bibi, bien soigné par le premier péquenot, cherchant ombrage pour s’aliter !... Petit père
des peupliers, bien peinard !... Couronne ample, arrondie… La lampe à bronzer, pour lui !... Sels pour lui !... Etonnant qu’il est canné ?... Eh non !...

Pas nature, la faucheuse, naturlich !...

Ici tout commence, tout finit ici.

Notez !... A la lisière, qu’il y est !... Premier de classe !... Sans lui, pas de lisière !... Sans lisière, pas de forêt !... Champs, fûts !... Tourbe !... Que du sol bien blanchi, lessivé, peigné par le payse !... Repiqué de résineux !... Sauverny, en Pologne, quoi !...

Ici tout commence, tout finit ici.

Mais je vous perds !... Qu’on était à l’arbre croni !... Pendant que ça médite… Chez les promeneurs !... Là-dessous, là-haut… Ça bataille !... Ça pompe, ça croît, ça crève !... En silence !... Jamais l’entendrez !... La racine qui pompe !... La guerre des boutons : motus !... Le houppier, les feuilles, cherchant à bronzer !... Pour le nôtre, c’est rasibus !... Ploutz, du passé, rétrogradé !... A la faune intestinale, qu’il appartient !... Becquetées et lépidoptères… Bactéries et vers !... Avant d’en finir, pour que ça recommence !... Allez y ! C’est moi qui régale !...

Traversant Foretaille - Christian Graf

Heureux, qui peut se rappeler
Le vent, traversant Foretaille,
Et la chênaie, après la taille,
Les chevaux fourbus s’en aller.

Les roseaux, tendus, ont sifflé,
Le canal est tout proche et piaille,
Heureux.

Je vois dans l’étang les entrailles
Du ciel et la terre geler,
Heureux.

Au naturel - Christian Graf

Ah, la réserve !... Naturelle !... Son petit tas de bois… Son étang… Du foin… Son nant… Son ourlet !... La crème !... Naturelle !...
Naturelle !... Tu penses !... Le petit tas de bois !... Les souches, en rang !... Espacées !... Comme des dominos, des tabourets, des chicots !... Qu’elle te sourit, la nature !...
La nature !... A la force du poignet !... Du râteau !... A coup de fauche !... Ça s’est taillé !... Un coup du génie !...Chaque saison !... On y repasse derrières les esgourdes, à Dame Foretaille !...

Bon !... On y rase gratis !... Propagande !… Propagande pour le tourisme bestiole !... Où qu’ils iraient ?... Le Grand mars !... Le triton, lézardant au soleil !... Sans Foretaille !...

Tout ça !... Serviteur !... Pour combien de cadors, qui viennent rider les ornières à jet bien mousseux !... Histoire de réchauffer l’atmosphère !...

Pour cent ignares !... Toujours un qui veut savoir !... Qui quadrille le secteur !... Qui dresse !... Essences, abondances, dominance, facteurs édaphiques, expositions, vents, températures, pluies, évaporation !... Un procès-verbal !...
A fouiller les horizons !... A jauger l’acidité !... A retourner la terre !... A zieuter le calci !... A l’ancienne !... A tremper le calcif, dans une tranchée, les coudes plein la gadoue !... Tout ça pour que Cador puisse y traîner son maître, vers Foretaille !... Ô bonheur !... Fleur de nave !... Truffe bien pochetée !... Délice de l’ignare !...

Vu du Sud - Yves Cerf

Si calme, son glacis nappe ses cluses.
D’ici je peux voir ses replis bleutés.
Calme, si calme, on dirait qu’il diffuse
Des ondes ; ses flancs se sont empâtés.

Soudain, de gris moutonnements infusent
Les nuages de leur vélocité.
Le sucre glacé, surgi de l’écluse
Du ciel, sur la combe est précipité.

Après la fonte des neiges recluses,
Les prés gorgés, les chemins embourbés,
Les troncs mouillés, les ramilles percluses,
Limpide, un jour croît, annonçant l’été.

Paysage - Yves Cerf

On dirait qu’il diffuse ses ondes

Crois pas au paysage !... Truc de barbouilleur !... Pour vous fourguer des toiles !...
Voyez ! Le client !... Fll !... Ferré !... Trr !... Supertrrbe !... Notez, l’inflexion !... Plein les gencives !... Supertrrbe !... Le Jura !...
Bon !... Le chevreuil et vous, qui vous taillez un brin dans la clairière !... Kif-kif !… L’estomac dans les talons !... Qui le mire ?... Le paysage !...
Même les géographes, s’en tapent !... Pour eux, papier, vélin, encre, reliure !... Nib !... Que le texte, qui les taraude !... Vous prétendent, avec ça, qu’on lit les paysages !... Et qu’aussi, z’existent pas !... Si, si !... Texto !...
Mais je vous perds !... Là, le Jura !... D’abord !... Par ouï-dire !... J’y étais pas !... Il y avait une mer !... Non !... Vaut mieux de commencer par la fin !... Paraît que c’est le petit doigt des Alpes !... Bébé doigt, quoi !... Quand Mésogée a fermé boutique, flac !... En bout de table, la nappe s’est plissée, frac !...Et tout au bout, surrection du Jura, vrac !... S’est produite une jolie petite chaînette de couverture !... Au pliocène !... Ça s’invente pas !... Pas une ride sur le socle !... Vous passe les détails !... Ça dodeline du menton !...

On dirait qu’il diffuse ses ondes

J’aurais bien voulu, des olivines !... Sous vos pieds !... Bon !... Pas ici !... Jura, sédimentaire, à bloc !... Bien tassés, les blocs !... Et sous les crustacés !... Tropicale, la plage !... Après régression !... Bref, pas plus d’olives que de carbone pur !... Juste une grosse table bien plane, prompte à la surrection !... Avant la grande branloire !...
Et voilà, le Jura !... Le père Périgord avait raison !... Tout branle !... Vrai à toute heure !... Qui vous dit, qu’à votre place !... Nageront pas des espadons, bien tropicaux !... Dans une paires d’ères !... Au fond, l’humaine condition est une branlette !...Que le pêcheur laisse sur le fond !... Pour attirer le destin !… Muable !… Qui gigote sur le fond !...

La Bâtie - Raul Esmerode

Qui es-tu toi qui viens à la Bâtie ?
Un vieillard hérissé de gui,
Un frêne desséché sur pied.

Qui es-tu toi passant par la Bâtie ?
Bocages, champs et monts bleuis
De froid, un grand ventail rouillé,

La brume est descendue
Sur la Versoix.

Et d’un balcon résonne
Seule, une voix.

Je n’ai pas répondu ; le bois m’attend.
Ont chu les blés fauchés, en crépitant.
Les traces de mon pas, sous le soleil
De juillet, ont marqué le sol vermeil.

La Versoix - Mael Godinat

D’où qu’elle vient ?... La Versoix !… Où qu’elle va, on voit !... Mais l’origine !... Fracture ?... Eboulis ?... D’un ruz au dessus des Bas ?... Et après ?...
Vous frappez pas !... Le Jura, c’est une passoire en calcaire, le roi des percolateurs qui vous bave sur vos restes de mollasse !... Un joli torrent !... Après la fonte du printemps !... Sur les derniers décrochements !...

D’où l’intérêt de bâtir !... D’un château l’autre !... Collex, Gex, Divonne, La Bâtie !... Devaient faire les beaux jours des petits barons du crû !... Avant que le vert Amédée vienne tout boulotter, pour nourrir la Grande Savoie !... Imaginez !... Autour de la Versoix !... La grande Sylve !... Ou Sylvie, façon moderne !... Avec mages, mystères, loup-gare-au-garou, brigandages !... Bon !... Franco, ça devait être une garenne !...Cour de récré d’Amédée !... La jouait fine !... La partie !... De chasse !...

N’empêche !... Logés à la même enseigne !... Les hobereaux, le réglisse !... Z’ont du avoir la pétoche !... Voir débarquer les habitant d’alentour !... Déjà elle foutait le camp !... La Sylvie !... Débarquer, ventre à terre, pour exiger le verrou !... Rasibus, les coupes !...

Avec ça !... Le bois, c’était leur pétrole !... Ça carburait aux buchettes !... Forges, papèteries, communs, autodafés !... Hésitaient pas à se servir, sans rien quémander !... Qui pour un chambranle !... Qui pour fourguer une bille à Genève !... Au noir !...

Maintenant ça coupe plus !... Verboten !... Faut en être !... De la corporation des coiffeuses-coiffeurs assermentés !... On y vient encore pour en faire des plaquettes !... S’y retrouverait, le vert Amédée pourtant !... On y croise toujours des souris à cheval !... Même si la chasse à courre est plus privilège !...Aurait peut-être du mal, notez !... Avec grappins, treuils et force ronflements de tracteurs !...

Que cherches-tu, bien esseulé dans Mariamont, chaque matin

L’humaine forêt - Massimo Pinca

Que cherches-tu, bien esseulé,
Dans Mariamont, chaque matin,
Les yeux braqués sur le passé,
Ton pied posé sur le ravin :
Un air frais qui sied à ce teint ?
Tu ne peux croiser ton semblable ;
A ta personne, l’œil éteint,
Tu reviens, constant, indomptable.

Ici la forêt est humaine.
Aucun sentier, aucune fleur
N’échapperont à son domaine :
Tout appartient à leur seigneur.
Un banc clair pour les randonneurs,
Les lignes à haute tension
Brillent aux premières lueurs.
Un portail grince à l’unisson.

Pour qui, ce vieux mobilier
Vermoulu, presque abandonné ?
Par qui, quand fut-il employé,
Ce banc moussu, décomposé,
A la pluie, ayant résisté,
Où volètent des papillons ?
Mon esprit demeure hébété
Devant de telles visions.

La forêt - Massimo Pinca

C’est l’histoire de Gentil Jacquou !… Le genre à se coucher, vers Robaila !... A mater !... Les précipices !...S’endormir aux cris de l’orfraie, du hibou, grand-duc !... Avec son cyclamen !... La cabèche dans les mousses !... Puis, hop !... La panique à bord !...Qui se pavanait, poseur, découvreur de la forêt vierge !... Vlam ! Une scierie, à fond de vallée, avec méchants, itou et compagnie !... Tout penaud, le Jacquou !...

Voui !... La forêt, c’est généralement farci d’humains !... Alors… Tu penses !... Le bois de Malacrou !...

Voilà !... Qu’en hiver, le tracteur arrive !... Vring !... Scie le fût !... Vrouf !… Te le passe au décimeur-déplumeur !... Plaff !... Te le balance !... A poil !... Prêt à l’emploi !... Au suivant !... Alors vers le talus, ça devient un vrai champ de bataille !... Avec macchabs, dans les tranchées !... Ça émeut !...
Mais ça vaut pas la Grande Guerre !... C’est paisible comme spectacle !... Tous les six à dix ans !... En avant, le ménage !... Place aux jeunes !... Et à Foretaille !... Aussi !... Des corridors, bien parallèles !... De temps à autres, une grosse trouée !...

Rien à dire !... C’est bien fichu !... Comme turbin !... Ça pousse à plein régime !… Comme le sapin !… Dans les caves !… Si y en a de trop, la forêt ferme !... Et en dessous !... Rasibus, bon pour la grande faucheuse !... Bien fichu !... Un vrai pompier !... A l’aller, au retour !... Que ça arrose de sève, respire, transpire !... Lui manque que la parole !...

Et cette longue vie végétative !... Pourquoi !... Passée à stocker du bois de cœur, à l’entourer d’aubier !... Pourquoi !... Les fruits !... Tout pour le climax !..

Sans la corporation !... Les coiffeuses-coiffeurs assermentés !... Le canton !... Nib !... De la Sylvie !... Jusqu’au bord du Léman, du piémont !... Et alors !... Que de la chênaie !... Qu’on ait replanté, pas étonnant !... Epicéas, pins, mélèzes, peupliers… Même du robinier, tiens !... Que les coiffeuses-coiffeurs mettent les voiles, définitivement !.... Et vlam !... Climax pour tous !...

Enfin, sans rire !... Pour être bien tranquille !... Rien de tel qu’un petit tour en Ukraine !... Pripiat-Tchernobyl !... La solitude, bien vigoureuse !... Là, on sait pourquoi il est moussu le mobilier !... Le paradis, pour le romantique !...

Au tumulus - Massimo Pinca

Au plus fort de l’été,
Filtre en continu
Le treillis ombragé,
L’azur mis à nu.

Aux rochers arrosés,
Je me suis rendu.
J’ai quitté le sentier,
Le rang des feuillus.

Le souvenir figé
De mille inconnus
M’a surpris, m’a frôlé.
Les chants se sont tus.

Le tumulus - Massimo Pinca

Golay signalait !... Enfin !... Pas lui !... Son collaborateur inconnu, ‘scusez !...
Grâce à lui rendue !... On a su le tumulus !... Corbard l’a décrit !... Pavage de pierrailles, ovale, caillasse variée, recouvert d’un sobre amas !... De terre !... De gravats !... De grave galets !... De souvenirs !...
Dès l’âge de Fer !... Habité, l’endroit !... L’acide a tout bouffé !... Il y en a eu des frangines, des frangins, en dessous !... Fondus, confondus !... Dans les strates !... Tous salés, comme l’addition !... Vous qui avez vécu !...

Les tronches bien huilées !... Pas chômé, pour un rond !... De la faculté, l’huile !... Ça cimentait !... Ça commémorait !... Pour édifier, la levée de terre, les galets à gogos, la tartine de Corbard !... Etc. !... Ont pas chômé !... Les pique-niqueurs s’en vont, tout édifiés !...

Alentours !... Epicéas, pins !... Humus, cent pour cent !... Profitez du glissement de terrain, pour en prendre plein la poire !... Cent pour cent, dysmoder, luvisol, etc. !... Pour les intimes !... Sol dégradé, limons ou argiles, aux horizons bien blanchis, avec un fond de rouille, dans l’horizon rédoxique…
Mais je vous perds !...

Ça me rappelle !... Une souche !... Vers la Bâtie !... Fichée dans le talus !... Lessivées de bactéries !... Trouées de capricornes !... Maintenant revêtue de lierre !... Les racines plongeant dans un sol, par le temps, raviné !... L’a vécu, l’arbre !… Scié !... En attendant, l’humus !... Restent la souche et les mousses !...

Après nous, réduits aux éléments premiers : aux minéraux, aux sols, à nib, au flan, au pain sec !... Après nous, peau de balle !... Ici leur futur sera notre passé !...

Egaré - Yves Massy

Au bois des Crottes, le chemin s’arrête.
Des jeunes rejets poussent vers le gué.
Je n’en suis jamais sorti, et ma tête
Lasse, mon pas lourd semblent bien âgés.
Le chemin rétrécit. Mal engagé,
J’aperçois, en suivant laar la brise,
Les aulnes blancs, pendant vers la rivière.
Dans une ornière, mon esprit s’enlise.
Comme les samares si légers, j’erre.

Au bois des Crottes, la lumière apprête
La clairière, les remous sont piégés
Dans les racines. Les branchages tètent
L’eau limoneuse, calme et protégée.
Je vois la berge encore saccagée.
Le vertige m’envahit, et la crise
Arrive, alors qu’une tâche imprécise
Et grisâtre, surgit, macule, altère
Ma vision. Ma démarche indécise
Faiblit, puis cesse ; à partir d’ici, j’erre.

Ô reine, ô forêt, je te laisse en guise
De confidence une prompte analyse :
La mémoire, aucun humain ne l’enterre ;
A cause d’une innocente méprise,
Fut ravivée une peur séculaire.

S’égarer - Yves Massy

Une peur séculaire

Question chevreuil !... En connaît un qui a les grelots !...
Au milieu de la toundra, imaginez !... D’une colonie de Séquoia, commandée par General Sherman !...
Tout le monde a peur, à l’idée de plus en être !... Insondable !… Insondable tranquillité de la solitude...
Mais s’égarer dans les Bois !... De Versoix !... Pas possible !... Faut le faire exprès !...

Aval, lac !... Amont, pied !... La main courante des méandres !... A chaque croisement, zéro dilemme !... Résolu !...
Voilà !... Le bois des Carottes !... Puisque Crottes est pas vendeur sur une carte Sitg !... Piquez sur la combe, que vous en sortez !...
Au pire, voyez Carte et go : « une aire est toujours coupée par un segment de droite ! » Très vrai !... On y sort à pinces, droit comme un I !...

On peut pas se perdre icigo !...
Voyez plutôt !...

Epicéa à cônes pendants, vers la combe.
Batterie de genévriers, trembles, saules meursault en rafales.
Vers la Versoix, teint d’albâtre, troncs zébrés de noir, et une belle charmille au-dessus, des noisetiers.
Sortez les gants, gaffez le chef : aubépines, robiniers, prunelliers, merisiers.
Sur la butte, châtaigneraie, feuilles lancéolées, fayards écrasés, sous les mousses, chênes sessiles.
Baissant le citron, fausses bruyères, Calluna vulgaris, aux écailles pendantes, fétuques à petite touffe, à ras, laiche glauque, houblon japonais, houque poilue.
A la flotte, Fraxinus excelsior, nôtre frère le frêne, roi des forêts, aux folioles composées, bourgeons comac !... Herbes aux gouteux, cousins des fenouils !... Aulnes aux racines comme la bouche !… En cœur !...

On vous le dit, et redit : on peut pas se perdre !...

Retour - Ian Gordon-Lennox

La fin !... Le fin mot !... Vers Sauverny !... En venir, y aller, pour en revenir !... Pas de quoi baver des ronds !...
La forêt commence à se tailler, vers Sauverny !... S’accrocher à un bout du corridor, pour la retrouver !... Plus loin !... Plus bas !... Et la voir se carapater, à grande vitesse !... Aux champs, la place céder !...
Mon pôt’ l’Ephésien s’gourait pas.
Le sentier qui monte est l’ frangin
Jumeau de celui qui r’descend.

Mon pôt’ l’Ephésien s’gourait pas.
Tout est course et tout est poursuite,
Survient toujours un aut’ chemin.

Mon pôt’ L’Ephésien s’gourait pas.
Mêm’ suis qui rest’ les bras ballants,
Embouche toujours le mêm’ chemin.

A Sauverny - Ian Gordon-Lennox

Par le même sentier, je suis rentré.
Le même gravier sous mon pas feutré
A dû crisser, et par l’étroit taillis,
J’ai pu franchir le pont de Sauverny.
C’est la Divonne que j’ai traversée.

Sur la passerelle aux planches ternies,
Du même grincement, le bois gémit,
Que je veuille partir ou arriver,
Par le même sentier.

Sur le pont, a commencé de tomber
La neige. Rappelles-tu la croisée
De tes chemins ? La frontière franchie
Laissant le banc rouge, humide et verni,
C’est la Versoix que tu as traversée.
Par le même sentier.

Gabriel Alanis, été 2015

MUSICIENS

Avec le Chœur en Scène du Conservatoire de Musique de Genève,
Direction
 : Cécile Polin-Rogg

Elena CAVALERI, Aline CHAPUIS, Anouk DUCHENE, Maria GRIGALASHVILI, Sasha GRIGORIOU, Ewa JASIAK, Lucie LEROY, Lucia MARCHETTI, Sharleen OLANKA, Solène PELTIER, Tania ROGG, Glory VAUDAN, Lucia VITE, Lou Anne ZACHARIE

Lorianne Cherpillod : récitante, chant
Christophe Berthet : saxophones soprano et baryton, clarinette
Yves Cerf : saxophone ténor et flûtes
Aina Rakotobe : saxophones alto et baryton
Monika Esmerode : cor
Yves Massy : trombone, clarinette
Bill Holden : trompette
Ian Gordon-Lennox : trompette, tuba
Christian Graf : guitare
Maël Godinat : piano, accordéon, saxophone alto
Jean-Luc Riesen : basse électrique
Raul Esmerode : vibraphone
Bernard Trontin : batterie

Photos - Isabelle Meister

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