Eisler / Weil - Solidaität !

- L’Alhambra - rue de la Rôtisserie 10 - 1204 Genève

- Créé les 5 et 6 mars 2020

PROGRAMME

1. Petite Suite pour Weill – composition Olga Trofimova
Composition inspirée des opéras satiriques de K. Weill. Ses 3 mouvements - Calme réveil, La circulation et Escapade reflètent les travers de notre société et l’envie d’y échapper.

2. Vier Wiegenlieder- Hanns Eisler - texte Bertolt Brecht – arr. Monika Esmerode
Les quatre berceuses de Hanns Eisler témoignent de l’amour qu’une mère porte à son fils, tout en sachant qu’elle n’a rien d’autre que cet amour à lui donner. Elle exprime aussi ses peurs quant à son avenir dans le monde cruel qui les entoure.

I Quand je t’ai porté dans mon ventre, nous étions dans une mauvaise posture
Et je l’ai souvent dit, celui que je porte entre dans un monde mauvais,
Et je me suis dit qu’il n’avait pas tort non plus.
Celui que je porte, il doit faire en sorte que cela aille enfin mieux.
Et j’ai vu qu’il y avait des tas de charbon entouré d’une clôture. J’ai dit : encore intact !
Celui que je porte, il va s’assurer que le charbon le garde au chaud,
Et j’ai vu du pain derrière la fenêtre et il était interdit aux affamés.
Celui que je porte, je le dis, sera nourri par ce pain.
Quand je t’ai porté dans mon ventre, j’ai souvent parlé doucement dans mon cœur : Toi que je porte dans mon ventre, tu dois être invincible.

II Quand je t’ai donné naissance, tes frères criaient déjà pour avoir de la soupe et je n’en avais pas.
Quand je t’ai donné naissance, nous n’avions pas d’argent pour le gazier, alors tu n’as pas vu le monde avec beaucoup de lumière.
Quand je t’ai porté pendant tous ces mois, j’ai parlé de toi à ton père,
Mais nous n’avions pas l’argent pour le médecin, nous en avions besoin pour la pâte à tartiner.
Lorsque je t’ai accueilli, nous avions presque enterré tout espoir de pain et de travail, et ce n’est qu’avec Karl Marx et Lénine que nous, les travailleurs, avons eu un avenir.

III Je t’ai porté, et c’était déjà un combat en lui-même.
Te concevoir, c’était être audacieux, et c’était avec audace que je te portais.
Le petit-lait et la fleur, ils ne pouvaient pas l’emporter, mon enfant,
Où même quelques couches et serviettes sont d’énormes victoires.
Du pain et une gorgée de lait sont des victoires, une chambre chaude une bataille remportée,
Je vais devoir me battre jour et nuit pour t’élever,
Car pour gagner un morceau de pain, c’est faire du piquetage
Contre de grands généraux et lutter contre les chars.
Mais une fois que j’ai combattu pour toi, petit, et que je t’ai rendu grand,
Alors j’ai gagné un camarade qui se bat avec nous et qui gagne.

IV Mon fils, quoi qu’il advienne de toi, ils se tiennent déjà prêts avec des matraques.
Car pour toi, mon fils, il n’y a sur cette terre qu’une décharge, et elle est occupée.
Mon fils, laisse ta mère te dire : une vie t’attend, pire que la peste,
Mais je ne t’ai pas porté pour que tu prennes ça à la légère.
Ce que tu n’as pas, tu ne peux pas le perdre, ce qu’ils ne te donnent pas, fais en sorte de l’obtenir.
Moi, ta mère, je ne t’ai pas donné naissance pour que tu restes couché sous des ponts la nuit.
Peut-être n’as-tu pas d’étoffe particulière, je n’ai ni argent pour toi ni prière
Et je compte sur toi seul quand j’espère que tu ne perds pas ton temps à timbrer et à faire de la prison.
Quand je suis allongée éveillée à côté de toi la nuit, je prends souvent ton petit poing.
Bien sûr, ils ont déjà prévu de te tuer.
Que puis-je faire pour que tu ne te fies pas à leurs sales mensonges ?
Ta mère, mon fils, ne t’a pas menti sur le fait que tu es spécial,
Mais elle ne t’a pas non plus élevé dans la peur,
Que tu t’agrippes au fil de fer barbelé, et que tu cries pour de l’eau.
Alors, mon fils, accroche-toi à tes semblables, ainsi leur pouvoir s’effritera comme de la poussière.
Toi, mon fils, moi et tous ceux de notre espèce devons-nous unir et réussir,
Qu’il n’y ait plus deux sortes de personnes dans ce monde,
Qu’il n’y ait plus deux sortes de personnes dans ce monde.

3. Orchestersuite no. 2, op. 24 Niemandsland, en 4 mouvements / Hanns Eisler – arr. Monika Esmerode
Une suite de musique écrite pour le film Niemandsland de Victor Trivas en
1931 qui a comme sujet les tranchées de la Première Guerre mondiale.
Une histoire d’amitié entre ennemis et sur l’absurdité de la guerre.

4. Das Lied von der Belebenden Wirkung des Geldes- Chanson des vertus roboratives de l’argent (Trad. Lortholary) - Hanns Eisler - texte Bertolt Brecht – arr. Florence Melnotte
Le chant de l’effet environnemental de l’argent est une chanson tirée d’une pièce de théâtre Das rundköpfe and die spitzköpfe, un conte noir et satirique, sur la richesse et la pauvreté, écrite en 1932.

On méprise l’argent en ce monde.
Pourtant, sans argent, le monde est froid,
Tandis que, quand il abonde,
Soudain tout n’est plus que joie.
L’instant d’avant, c’était le chaos ;
Maintenant tout prend des tons vermeils.
Tel qui gelait prend le soleil,
Chacun a ce qui lui faut.
L’horizon soudain s’allume
Regardez donc : la soupe fume !

On découvre un autre monde, ou c’est tout comme.
Les cœurs sont légers, les regards brillants,
Les habits sont chics, les mets sont friands.
L’homme de naguère est un autre homme.

Ils ont bien tort, ceux qui s’imaginent
Que l’argent ne fait pas le bonheur.
Tout se dessèche et décline
Quand se tarit sa fraîcheur.
A l’instant encore on était radieux,
Voilà qu’on rouspète à qui mieux mieux.
Quand on a mangé, on peut s’entendre ;
Mais maintenant personne n’est tendre.
Pour un peu on tuerait père et mère !
C’est qu’il n’y a rien dans la soupière !

L’atmosphère est vraiment à couper au couteau.
Tout respire la haine et l’imposture.
Tous cavaliers, mais point de montures !
Et le monde est froid comme un tombeau.

Tout ce qui est grand et beau en ce monde,
Il faut bien le dire, est éphémère.
Comment, en mangeant des soupes claires,
Peut-on avoir des pensées profondes ?
On n’a que faire de la grandeur,
On est mesquin, on veut de l’argent !
Mais pour peu que l’homme bon soit à l’aise,
Ça suffit pour que la bonté plaise.
Vous qui méditiez un mauvais coup,
Regardez donc : la soupe bout !

Vite, on se remet à croire à la nature humaine,
Le vrai, le bien, le beau et cætera.
On combattra les idées malsaines,
Les cœurs battront et le soleil luira
Là les cavaliers, ici les montures,
Car telle est la loi de la nature.

5. Sur la tendresse du monde - texte de Bertolt Brecht -
musique Yves Cerf
Le poème de Brecht se termine ainsi : Et cette terre où court un vent froid, vous la quitterez couverts de croûtes et de gale. Presque chacun aura aimé ce monde, quand on lui jettera deux poignées de terre.

6. Grabschrift 1919 - Berliner Requiem - Die Rote Rosa - Kurt Weill - texte Bertolt Brecht – arr. Yves Cerf
En hommage à Rosa Luxembourg assassinée le 15 janvier 1919 : Rosa la Rouge aussi a disparu. Où repose son corps est inconnu. D’avoir dit aux pauvres la vérité fait que les riches l’ont exécutée. Repose en paix.

Le rose rouge a disparu depuis longtemps
Elle est morte, on ignore où elle se trouve.
Et parce qu’elle a dit la vérité aux pauvres
Maintenant, les riches l’ont chassée de la vie
Repose en paix
Repose en paix

7. Alla Marcia de Bastillemusik - Kurt Weill - arr. Christophe Berthet
Une mélodie tirée de la suite Bastille musik

8. Muschellied / Kurt Weill - texte Felix Gasbarra - trad. J.P. Dauphin - arr. Christophe Berthet
Tirée de Öl Musik, cette chanson raconte l’histoire de la plage de Margate au Royaume-Uni où une certaine compagnie pétrolière bien connu s’est inspiré pour élaborer son sigle reconnaissable entre tous.

À Margate, sur la Promenade,
Pendait une enseigne en fer blanc,
Devant l’une des boutiques de souvenirs ;
Elle représentait un gros coquillage.
Là, un vieil homme vendait des coquillages peints
Et chacun à Margate connaissait son cri :
Shell ! Shell ! Shell !
Le coquillage de margate porte bonheur,
Le coquillage sur son sable doré.
Il vous suffira de le voir,
Pour vous souvenir de moments inoubliables.

À Margate, sur la Promenade,
Y’a maintenant une sale odeur.
Là où se dressait la boutique aux coquillages,
Y’a maintenant une cuve à essence.
Le fils du vieil homme a entrepris un autre négoce –
Un cartel de naphta et d’essence.
Shell ! Shell ! Shell !
Le coquillage de Margate porte bonheur,
Le coquillage sur son sable doré.
Chaque fois qu’il le voit,
Il lui rappelle joyeusement d’énormes sources de revenus.

Et quand la pompe se mit en marche
À Margate, sur la Promenade,
À chaque barge de forage pendaient douze hommes,
À Bakou, Kolschak et Deniken.
Là, le sang humain devenait pétrole
Et de milliers de gorges jaillissait ce cri :
Shell ! Shell ! Shell !
Le coquillage de Margate porte bonheur,
Le coquillage sur son sable doré.
Chaque fois que vous le verrez, ça vous rappellera
Les discours de la Société des nations.

Et lorsque le soleil fut au zénith,
Au-dessus de Margate et de sa Promenade,
Le pétrole s’enflamma ;
De l’Azerbaïdjan au Tibet,
Il mit le monde en feu ;
Le nom de notre patrie est Pétrole,
Et pour l’amour de lui, nous allons nous trucider les uns les autres :
Shell ! Shell ! Shell !
Le coquillage de Margate porte bonheur,
Mais les choses vont de mal en pis !
Chaque fois qu’ils le voient, ça devrait leur rappeler
Qu’à l’heure dernière et décisive, nous leur rendrons
La monnaie de leur pièce.

PAUSE

9. Orchestersuite no 5, op. 34 tirée de la musique du film dramatique Dans les rues de Victor Trivas, 1933 - Hanns Eisler - texte Karl Kraus – arr. Marie Mercier
Incursion anachronique du poème Printemps Allemands, 1956, souvenir d’une contemplation retrouvée.

Maintenant, je sais que c’est à nouveau le printemps.
Je ne l’ai vu que tard hier soir, et je n’y avais pas pensé depuis longtemps
Je réalise maintenant que les lilas sont déjà en fleur
Comment ai-je retrouvé ce secret ?
On me l’avait volé...
Qu’est-ce que le monde a fait de nous !
Je me retourne et je vois les lilas en fleur.

10. One for H.E. - composition de Massimo Pinca
Les musicologues auront environ trois minutes et demi pour déceler les connexions entre One for H.E. et la Sonate n.2 pour piano de Hans Eisler (1924). Les autres pourront se relaxer et profiter de la musique.

11. Im Gefängnis zu singen - Hanns Eisler - texte Bertolt Brecht - trad. Regnaut/Steiger - arr. Yves Massy
Tiré de Die Mutter, composé en 1931.

Ils ont des lois et des décrets,
Ils ont des prisons et des forteresses
(Sans compter leurs centres sociaux !)
Ils ont des gardiens et des juges,
Très bien payés et prêts à tout.
Oui, et pourquoi ?
Croient-ils donc ainsi nous avoir ?
Avant de disparaître, et ce jour-là est proche,
Ils verront que tout ça ne leur sert plus à rien.

Ils ont des journaux et des livres
Pour nous combattre et nous réduire au silence
(Sans compter leurs politiciens !)
Ils ont des curés et des professeurs
Très bien payés et prêts à tout.
Oui, et pourquoi ?
Craignent-ils tant la vérité ?
Avant de disparaître, et ce jour-là est proche,
Ils verront que tout ça ne leur sert plus à rien.

Ils ont des tanks et des canons,
Des mitrailleuses, des grenades
(Sans compter même les matraques !)
Ils ont des policiers et des soldats
Très peu payés et prêts à tout.
Oui, et pourquoi ?
Ont-ils des ennemis si puissants ?

Ils croient avoir là un étai
Sur quoi s’appuyer, eux qui tombent.
Un jour, et ce jour-là est proche
Ils verront que tout ça ne sert à rien.
Ils pourront bien alors crier : Arrêtez !
Car argent ni canon ne les protègeront plus.

12. Suite Panaméenne - Kurt Weill - arr. David Drew, Heinz-Karl Gruber et Ian Gordon-Lennox
1) Introduction et Tango
2) Scène du Faubourg
Suite instrumentale tirée de la musique écrite par Weill pour la pièce de théâtre Marie Galante. À la fois légère, dramatique et exigeante, cette musique correspond bien, à mon sens, à l’esprit de notre collectif.

13. Grabschrift (Epitaphe, trad. Hémery) de l’Opéra des Quatr’Sous - Kurt Weill - texte Bertolt Brecht - arr. Raul Esmerode
J’ai choisi Grabschrift c’est à dire l’avant dernier morceaux de L’Opéra de quat’ sous moment dans lequel Mackie Messer, condamné à mort, se dirige vers l’endroit où il doit être exécuté. Mais il sera gracié par le messager de la reine et recevra en plus une rente à vie, le tout s’achève par un choral (extrait du Drittes Dreigroschenfinale).

Frères humains qui après nous vivez,
N’ayez le cœur contre nous endurci,
Ne riez pas quand nous apercevez
Tout décharnés, car tels serez aussi.
Ne nous condamnez pas, parce qu’occis
Par justice, car justice varie
Et tous hommes n’ont pas bon sens rassis
Tirez leçon de nos os tout en poudre :
De notre mal personne ne se rie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.
La pluie nous a ravinés et lavés
Et cette chair, par nous trop bien nourrie,
Est morte. Les corbeaux ont crevé
Ces yeux dont la convoitise est tarie.
Nous avons cherché à nous élever :
C’est fait. Voyez flotter nos chairs pourries
Comme crottins, rebuts jetés à la voirie,
Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.

A fillettes montrant têtins
Pour avoir plus largement hôtes,
A voyous coureurs de putains,
Vivant grassement de leur faute,
A fous et folles, sots et sottes,
Pickpockets, tueurs endurcis,
Tartuffes et fausses dévotes,
Je crie à toutes gens merci.

Mais pas aux chiens de la police
Qui m’en ont fait assez baver :
Pour ces bâtards pleins de malice,
Je voudrais les voir tous crever.
Mais déjà le bourreau m’appelle,
Ils sont les plus forts, c’est ainsi,
Et pour éviter les querelles,
A eux aussi, je crie merci.

Qu’on leur casse à coups de maillet
Leurs sales gueules, sans merci.
Le reste, je veux l’oublier,
Et crie à toutes gens merci.

Allons, tout est bien qui finit bien.
Avouez que notre vie serait simple et paisible,
Si les hérauts du roi arrivaient toujours au bon moment.
Restez tous à vos places, et entonnez
le « Choral des plus déshérités des déshérités »
Dont vous avez aujourd’hui représenté la vie,
Car dans la réalité de tous les jours, leur fin est plutôt triste.
Les hérauts du roi accourent très rarement
Quand les opprimés essaient de rendre coup pour coup.
C’est pourquoi il ne faut pas frapper trop durement ceux
qui se mettent dans leur tort.

Ne réprimez pas trop le crime. Bientôt
Il s’éteindra de lui-même, car il est condamné.
Pensez à la nuit et au froid de tombeau
Qui règnent dans cet univers de damnés.

MUSICIENS

Oscar Esmerode : chant ténor
Marie Mercier : clarinette, clarinette basse
Christophe Berthet : saxophone soprano, ténor et baryton, clarinette basse
Yohan Jacquier : saxophones ténor
Aïna Rakotobe : saxophones alto, baryton, soprano
Ian Gordon-Lennox : trompette, bugle, tuba
Yves Massy : trombone
Monika Esmerode : cor
Nicolas Lambert : guitare, banjo
Florence Melnotte : piano
Massimo Pinca : contrebasse
Raul Esmerode : batterie, vibraphone, percussions

Photos - Philippe Clerc

^ haut de la page ^

Ecouter en ligne

Playlist

  • 01 - Petite Suite pour Weill Télécharger

    - MP3 - 11 Mo

  • 03 - Orchestersuite no. 2, op. 24 Niemandsland Télécharger

    - MP3 - 6.3 Mo