Entre chien et loup, par un clair-obscur automnal, le Fanfareduloup Orchestra rend visite à Frank Martin.

- L’Alhambra - rue de la Rôtisserie 10 - 1204 Genève

- Créé le 11 et 12 octobre 2018

À l’occasion des funérailles de Maria Boeke, sa veuve, la famille du compositeur nous avait demandé d’improviser à partir de son Trio sur des mélodies populaires irlandaises. Nous avons proposé de poursuivre l’exercice à une plus grande échelle.

Tel un tableau de Rembrandt, la musique de Frank Martin est faite de clairs-obscurs. Elle exprime bien le contraste entre le côté terre à terre du corps physique et l’aspiration à l’élévation spirituelle de tout être.

Chacun d’entre nous s’est saisi d’une œuvre du compositeur et fut libre d’en extraire qui une mélodie, qui une ligne de basse ou une harmonie, qui ont été le point de départ d’une improvisation ou d’un nouvel arrangement, à la façon des standards de jazz.

PROGRAMME

IRISH PASTRY - Extraits du premier mouvement du Trio sur des mélodies
populaires irlandaises - 1925 : arrangé par Christophe Berthet
Ayant déjà travaillé sur le Trio sur des mélodies populaires irlandaises en petite formation à l’occasion des funérailles de Maria Boeke, veuve de Frank Martin, j’ai eu envie de poursuivre l’expérience avec le premier mouvement de ce trio, mais cette fois avec un plus grand effectif. Dans un premier temps je pensais en extraire quelques rythmes et mélodies et recréer une nouvelle pièce, avec peut-être l’envie d’aller rechercher les origines folkloriques de cette pièce. Mais plus j’avançais dans le travail, moins j’avais envie d’en enlever. J’ai donc réalisé l’orchestration d’un extrait du premier mouvement du trio en essayant de garder le côté populaire tout en étirant un peu la forme afin d’y insérer des plages improvisées.

LE CHÂTEAU DU CORNET RILKE suivi de DAS SCHLOSS - d’après Die Wiese von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke - 1943 : arrangés par Yves Massy
1) Orchestration de la pièce Das Schloss, avec une sorte de Sprechgesang pour remplacer la voix soliste d’alto
2) Composition d’une pièce d’introduction intitulée Le château du Cornet Rilke qui amène progressivement les éléments mélodiques, harmoniques et littéraires de l’original, mais avec quelques perversions auditives, comme celle de rendre dodécaphoniques des sections qui ne le sont pas, celle de développer un solo de clarinette dodécaphonisant pour préparer son rôle dans la pièce suivante, et celle de faire entendre l’harmonie comme une brume, en couches superposées plutôt que linéaires. L’audition de l’original devrait en ressortir claire comme le lever du soleil attendu après une nuit peuplée d’étranges rêves.

KYRIE et GLORIA - d’après les deux mouvements du même nom de la Messe pour double chœur - 1922 : arrangés par Raul Esmerode
J’ai choisi cette œuvre parce que le fait d’arranger une pièce vocale et l’adapter aux instruments de la Fanfare me semblait plus judicieux pour obtenir une homogénéité dans le son. Je n’ai pas ajouté des notes, juste inséré une plage d’improvisation de douze mesures dans le Kyrie.

SKTS - d’après le Sanctus de la Messe pour double chœur - 1922 : arrangé par Aina Rakotobe
Lors de mes séances d’écoute inspiratrice, je suis tombé, ou plutôt retombé sur la Messe pour double chœur. Il se trouve que j’ai, depuis mon plus jeune âge, une activité de choriste, et que j’ai eu l’occasion de chanter cette messe en concert il y a plus de quinze ans ! Cette écoute a fait remonter en moi des émotions de jeunesse et cela m’a motivé pour choisir un élément de cette oeuvre. Dans une grande partie de la pièce, les deux chœurs sont naturellement devenus deux groupes de souffleurs et souffleuses aux timbres communs (cuivres et anches). Certaines parties particulièrement savoureuses sont devenues des accompagnements pour soli improvisés, ainsi sont-elles mises en valeur et mettent en valeur le soliste.
J’ai également fait quelques modifications rythmiques afin de créer une grande plage dans un mètre à cinq temps, qui est très présent dans l’original, permettant de faire émerger un groove propice à l’ajout d’une batterie. Enfin le titre est tout simplement Sanctus qui est la partie de la Messe que j’ai utilisée, et qui, amputée de ses voyelles se transforme en une onomatopée fréquemment utilisée pour imiter le son d’un charleston jouant du swing.

PANTONE - d’après Frank Martin : composé par Olga Trofimova
J’ai commencé par écouter plein d’œuvres de Frank Martin. J’ai relevé par-ci par-là des mélodies, des motifs, des enchaînements harmoniques qui me plaisaient :
1) La série dodécaphonique de l’Allegro de la Symphonie pour grand orchestre (1937)
2) L’une des mélodies du Kyrie de la Messe pour double chœur
3) La grille des solos vient également du Kyrie de la Messe pour double chœur. Plus généralement, j’ai essayé de m’inspirer de l’aspect très chromatique, mais pas atonal pour autant, de la musique de Frank Martin. Le résultat est donc une pièce qui voit défiler une grande quantité de couleurs différentes en peu de temps, d’où le titre Pantone

DE PROFUNDIS - d’après les Poèmes de la mort, pour trois guitares électriques et trois voix d’homme - 1971 : composé par Massimo Pinca
De profundis - ce sont les premiers mots qu’on entend au début de Mort, j’appelle de ta rigueur l’un des trois Poèmes de la mort, sur des textes de François Villon (1431-1463). La locution De profundis, qui vient du début du psaume 130, n’apparaît pas dans le texte de Villon, mais a été rajoutée en guise d’ostinato par F. Martin. Cette oeuvre m’a frappé pour l’instrumentation inédite et pour l’étonnante utilisation qu’un homme né en 1890 a fait des guitares électriques, apparemment sous l’influence des musiques rock écoutées par ses enfants, beaucoup plus jeunes que lui. Il y a une interview très touchante où l’on voit le compositeur à 70 ans écouter Pink Floyd avec son fils qui a la vingtaine. Ma pièce est construite sur les quatre premières notes qui forment l’ostinato de basse (basse électrique et basse chantée également) qui traverse la première partie de Mort, j’appelle de ta rigueur.

BALLADE POUR SAXOPHONE - d’après la Ballade pour saxophone - 1938 : arrangé par Monika Esmerode
Quand j’ai parcouru la liste des morceaux que Frank Martin a écrits j’ai été intriguée par ce morceau écrit pour saxophone alto accompagné par un orchestre à cordes, piano et percussion. Dès la première écoute j’en étais séduite ; il y avait quelque chose de très mystérieux mais de très beau dans cette mélodie au saxophone solo. Elle part d’un son si grave et si doux pour aboutir à un cri dans l’aigu poussant le soliste aux extrêmes de son instrument. Tout ceci soit sur un tapis sonore soit accompagné de plus près dans son chemin par les autres instruments.
Je suis restée très proche de l’original, j’ai juste réorchestré la partition en utilisant les instruments que nous avons à notre disposition dans notre collectif. J’ai intégré une plage d’improvisation pour laisser une place à notre invitée Marie Mercier à la clarinette

MARIA & FRANK - d’après le Trio sur des mélodies populaires irlandaises - 1925 : composé par Ian Gordon-Lennox
Je me suis inspiré d’un très court passage de l’Adagio, d’abord repris plus ou moins tel quel, avec une instrumentation différente. Par la suite, par inversion, la mélodie jouée par le violon devient la ligne de basse au tuba et les voix d’accompagnement la mélodie principale. J’ai fait évoluer cette ligne de basse pour instaurer un groove 12/8 à tendance afro-cubaine, et ainsi permettre des plages d’improvisation et de riffs, pour finir sur un montuno endiablé pour accompagner le solo de batterie de la fin. Le titre est en souvenir de Maria Boeke-Martin, veuve de Frank Martin et ardente défenseuse de sa musique. C’est elle qui, en souhaitant que nous interprétions à notre manière des extraits du Trio sur des mélodies populaires irlandaises pour son enterrement, a semé en nous la graine qui est à l’origine de ce concert.

MUSICIENS

Christophe Berthet : saxophones soprano et ténor, clarinette basse
Manu Gesseney : saxophone alto et flûte
Marie Mercier : clarinette, clarinette basse
Aïna Rakotobe : saxophones alto et baryton
Monika Esmerode : cor
Ian Gordon-Lennox : trompette, tuba
Ludovic Lagana : trompette
Yves Massy : trombone
Christian Graf : guitare
Massimo Pinca : contrebasse et guitare basse
Raul Esmerode : vibraphone
Bernard Trontin : batterie

Photos - Jay Louvion

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Playlist

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