AgricOlture

PENSEZ GLOBAL, ECOUTEZ LOCAL

Théâtre de l’Alhambra, rue de la Rôtisserie 10, 1205 Genève

- créé les 21 et 22 janvier 2016

En collaboration avec les coopératives agricoles Le jardin des Charrotons et Les jardins de Cocagne
Dans ce monde apparemment sans espoir, presque entièrement dédié au profit et à la production de masse, ce monde qui nous invite à payer moins pour avoir plus rapidement quelque chose de prêt, prêt à porter, à manger, prêt à écouter, des épinards déjà lavés, coupés et surgelés aussi bien que de la musique dématérialisée prête à être téléchargée... eh bien, dans ce monde on peut encore choisir. Choisir de ne pas acheter, mais de coopérer pour produire soi-même, de désherber notre champ de carottes de 200 mètres de long au petit couteau accroupis par terre, choisir de passer le mercredi soir à laver et couper les légumes du jardin, choisir de renoncer aux fraises en janvier. Choisir d’apprendre à faire de la musique, d’acheter encore des disques, d’aller encore écouter des concerts. Choisir bien d’autres choses aussi, bien sûr. AgricOlture est l’ode de notre orchestre à la possibilité de choisir dans ce monde, ainsi que l’occasion de soutenir les acteurs qui agissent notre canton pour une production alimentaire biologique de proximité.Retour ligne automatique
A cette occasion, notre ensemble présentera une création musicale dans laquelle les compositeurs vont s’inspirer de manière libre des thématiques liées à l’écologie, à une alimentation saine, à la coopération et la solidarité.

PROGRAMME MUSICAL

Alimentation élémentaireBill Holden
Cette composition représente une sorte d’esquisse tonale en six étapes de notre nourriture, depuis la ferme jusqu’à nos bouches : SEMER la mise en terre des graines issues d’une récolte précédente ; GERMER un miracle biologique, la naissance des plantes ; FAIRE FRUCTIFIER le long travail qui permet un rendement abondant et de qualité ; RECOLTER la récompense d’un dur labeur de toute une saison ; PREPARER que ce soit la mise en valeur par un maraîcher ou la mise en assiette par un cuisinier ; DEGUSTER ce plaisir sensoriel grâce aux parfums et aux textures des fruits et légumes, beaux témoins d’une agriculture respectueuse de la nature.

L’auberge de l’aubergineMassimo Pinca
The eggplant’s hotel ne sonnait pas mieux que L’albergo della melanzana. C’est pourquoi je trouve que L’auberge de l’aubergine ést le titre idéal pour cette création dédié aux activités agricoles. Ce grand-funk-agro-alimentaire se développe sur deux citations musicales. Le premier qui devine à quels morceaux j’ai fait référence gagnera une aubergine bio produite dans le canton de Genève. Quand la saison sera arrivée, bien sûr.

Requiem pour une tomateChristophe Berthet
Il y a quelques temps déjà, en faisant mes courses au supermarché, je suis tombé sur un emballage de belles tomates noires. On aurait dit des noires de Crimée. Et bien non, il y était écrit KUMATO. Je ne connaissais pas cette variété. Mais ce qui m’a le plus interpellé, c’est l’inscription en gros et rouge en travers de l’emballage : LE PAYSAN S’ENGAGE.
Wouhah, je me suis dit, y aurait-t-il une lueur de conscience au sein des chaines de distribution ? Naïf, je me mets en quête de découvrir qui est ce valeureux paysan tout fraichement engagé. Je commence donc à tourner et retourner ce belle emballage dans tous les sens, rien, aucune ferme, aucun producteur, aucune provenance. Ces tomates ont bien été cultivées quelque part… Je tourne encore, et là, mon regard est attiré par une minuscule inscription à moitié dissimulée dans un pli de l’emballage, où je peux lire avec effroi : ® Sygenta group.

Cresson alénoisYves Massy
La saveur du cresson alénois est piquante et poivrée. Ajouté à votre salade, après avoir tordu votre nez par son acidité, il vous donne une fâcheuse envie de danser, voire de chanter avant le dessert et le verre de génépy.
Il en existe un seul genre dans la famille des Brassicaceae, mais on observe des variations significatives s’il est élevé à la ville ou à la campagne.
C’est du moins ce que modestement nous avons observé.
Dans le rôle de Lepidium sativum des Villes, Bernard Trontin, caisse claire. Et dans celui de Lepidium sativum des Campagnes, Raul Esmerode, caisse claire également. Le tournoi - amical - peut commencer.

Glossoscolecidae WaltzMaël Godinat
Le ver de terre Pontoscolex corethrurus (autrement dit le Glossoscolecidae), largement présent dans toute l’Amazonie, et notamment dans les clairières après brûlis, est capable d’incorporer des particules de charbon de bois au sol minéral et de les broyer finement pour produire un humus particulier.
Il serait à l’origine de la formation biologique de la Terra Preta (terre noire extrêmement fertile) créée par l’homme entre -800 et 500, grâce à un savoir agronomique qui consistait à déposer du charbon de bois en une mince couche régulière. Cette technique favorisait alors l’enfouissement du charbon par Pontoscolex corethrurus. Aujourd’hui très réputée au Brésil, cette terre est vendue comme terreau fertilisant et elle se renouvelle d’elle-même. En hommage à ce génie peu ragoutant mais tout à fait utile, je lui adresse cette valse.

Degueubeurk suivi d’un délectable potironYves Cerf
Parfois je craque… et je vais manger un truc épouvantable… vous savez : ça vous fait envie avant et vous le regrettez après…
Alors ce soir, je vous propose un morceau dégoutant, plein de pesticides, farines animales, OGM, poly-nitrates, congelé, décongelé, recongelé et réchauffé au micro-ondes…
Quelque chose de multinational, lyophilisé, emballé dans une couche d’aluminium doublée de trois films plastiques et une barquette également en plastique… un emballage sur lequel il m’est expliqué combien écoschnouki je mange et combien caloriblonguant je suis…
Bon… il ne faut pas en rester là… alors tout cela sera suivi d’un délectable potiron de mon jardin. Jovial, simple, goûteux (quand on sait le cuisiner).
Et surtout sain et convivial jusqu’à sa couleur aux nuances infinies…

Le Blues du Broccoli Raul Esmerode
Pour l’argentin, carnivore et grand consommateur de pizza et de fainà* que je suis, parler d’un légume comme le brocoli est en soi presque une mission impossible. Si j’avais choisi le maïs ou le blé ça aurait était plus simple car j’ai tout de même grandi avec les délicieuses soupes au Quaker concoctées par ma maman. Et je ne vous parle pas de la mélasse qu’il fallait manger comme dessert, car mon papa voulait que je devienne grand et fort… Alors pourquoi le brocoli ? Un légume que j’ai dû manger pour la première à Genève, préparé par une de mes deux ex avec beaucoup d’amour et aussi parce qu’il n’est pas cher et bourratif.... Je dois vous avouer que je me suis finalement amouraché de ce légume que je trouve tout aussi intéressant qu’un bon blues suédois. Il est toujours en tête sur ma liste de commissions quand je vais a la Migros, oups pardon ça m’a échappé, un brocoli bio bien sûr.
*spécialité argentine, sorte de tarte fine à base de pois chiches qui accompagne d’habitude la pizza pour l’alléger.

MUSICIENS

Christophe Berthet : saxophones soprano, baryton, clarinette basse
Yves Cerf : saxophone ténor, soprano, kena, flûte
Aina Rakotobe : saxophone alto
Monika Esmerode : cor
Yves Massy : trombone
Bill Holden : trompette
Christian Graf : guitare
Maël Godinat : piano, clavier
Massimo Pinca : contrebasse, basse
Jean-Luc Riesen : basse
Raul Esmerode : vibraphone
Bernard Trontin : batterie

Photos - Isabelle Meister

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